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SANS-PAPIERS. --Une jeune Congolaise est aujourd'hui menacée d'expulsion, mais pas sa petite fille, née en France
Maman sans pays
Ruphine Bota aura 2 ans le 12 janvier. Ce jeudi matin, elle joue à faire de la fumée avec sa bouche. Le soleil est froid comme un formulaire administratif. Ruphine a mis sa jolie casquette fourrée. Son insouciance la protège du réel. Elle ne sait pas que sa maman, une Congolaise de 19 ans, est menacée d'expulsion.
Elle s'appelle Belange et vit en France depuis trois ans, en Europe depuis cinq ans. Elle avait 14 ans lorsqu'elle a quitté le Congo après le décès de sa mère pour rejoindre son père, installé à Madrid. Elle est ensuite partie pour Paris, chez son oncle, puisque son père voulait « se servir d'elle de façon à ce qu'elle rapporte », comme l'explique pudiquement Jean-Michel Duretête, le président du Mrap.
à Paris, pas mariée, elle tombe enceinte de Ruphine. ça ne se fait pas. Il faut encore partir. Avec la petite Ruphine née en France, elle est placée par l'Aide sociale à l'enfance chez Mickaëlys, une structure d'accueil de Prigonrieux, puis au Village de l'enfance à Périgueux.
En France, avec un titre de séjour espagnol, elle s'est perdue de demandes en refus. à la fois hébergée, nourrie et rejetée par les institutions républicaines. « J'étais inscrite au concours d'auxiliaire de vie et dans d'autres formations, mais ils ne m'ont plus voulu parce que je n'avais pas de carte de séjour. »
« ça n'a pas de sens ! » Les portes sont bien fermées. Et le 18 septembre dernier, le Préfet lui signifie son refus de séjour. Avec le Mrap, elle intente un recours. Là encore, refus, mais pour des raisons que l'on peine à comprendre : la circulaire du 13 juin 2006 pour les sans-papiers dont les enfants sont scolarisés « ne vous concerne pas puisque votre enfant est placée en crèche. » « Ça n'a pas de sens ! s'emporte jean-Michel Duretête. Crèche, école, c'est pareil ! »
Apparemment pas. Dans cet enchevêtrement d'accueil et d'exclusion, la jeune Congolaise ne comprend plus rien. « Si on m'expulse, qu'est-ce qui va se passer ? Je n'ai plus personne là-bas. Je vais arriver à l'aéroport avec ma fille sans argent, sans maison, sans famille. Je vais devenir quoi ? Je sais. Pour nourrir ma fille, je vais être sur le trottoir. »
Aidée par le Mrap, Belange va formuler un recours hiérarchique au ministre, puis un autre au tribunal administratif. « En attendant, elle doit raser les murs, assure le président du Mrap. Le préfet peut demain envoyer ses soldats l'arrêter et la reconduire à la frontière. »
Née en France, Ruphine peut rester. Mais sans sa maman?
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