Bergerac / La guerre des aéroports

Publié le par verts bergerac

Dans Sud Ouest  du 10 novembre, un article sur l'aéroport.


ÉCONOMIE. Brive, Agen ou Bordeaux menacent l'aéroport de Bergerac, pionnier des vols « low cost »

Brive, Agen, Bergerac, Bordeaux : la guerre des aéroports

En mai 2009, à Bergerac, le premier vol de la ligne estivale vers Charleroi... Bientôt desservie toute l'année par Bordeaux. (archives é. D.)
En mai 2009, à Bergerac, le premier vol de la ligne estivale vers Charleroi... Bientôt desservie toute l'année par Bordeaux. (archives é. D.)

Le tarmac a le trac. L'aéroport de Bergerac est cerné. Brive, Bordeaux et Agen : tous lancent leurs liaisons « low cost » (bas prix) et chamboulent la relative exclusivité de Bergerac, pionnier du genre dès 2003. Dans un contexte de crise aérienne, ce n'est pas une bonne nouvelle. « Si Brive ouvre une ligne vers Londres avec Ryanair, il est clair que nous perdrons les 30 % de passagers qui viennent de Sarlat », résume Jean-Pierre Belvès, conseiller du président de la CCI de Dordogne pour les liaisons aériennes internationales.

La guerre des aéroports a-t-elle commencé ? Pas loin : ce n'est pas pour rire que les élus de Corrèze - qui tablent sur 100 000 passagers - ont baptisé leur nouvel aéroport « Brive-Vallée de la Dordogne ». Les 22 % de voyageurs lot-et-garonnais qui prennent l'avion à Bergerac pourraient un jour le prendre à Agen, même sur une piste limitée aux avions de moins de 100 passagers. Et surtout, Bordeaux s'y met, et vers le sud (Italie, Portugal) la demande forte. Bref, « il y a un point d'interrogation qui existe », admet Olivier Gribelin, directeur de l'aéroport de Bergerac.

« Absence de visibilité »

Le syndicat mixte Air-Dordogne (1) maintient son objectif de 400 000 passagers d'ici 2012 (275 000 actuellement), avec des projets de développement pour ajouter aux neuf vols hebdomadaires vers l'Angleterre et Paris (via Périgueux). Le contrat avec Ryanair (75 % des vols) vient d'être reconduit pour cinq ans. Et la baisse de la fréquentation, imputée à la crise, a été limitée à 2,16 % de passagers en moins, entre janvier et septembre, quand le trafic aérien accuse une baisse globale de 8 à 9 %. « Malgré l'année difficile, nos taux de remplissage des avions sont toujours au top », explique Olivier Gribelin. « Nous sommes quand même au 27e rang des aéroports français. » Les opposants au développement aérien - Verts en tête - continuent de critiquer le « problème de visibilité économique ». Les sceptiques critiquent aussi les coûts des aéroports locaux : 1,2 million d'euros (Bergerac) et 1,8 million (Périgueux).

Des aéroports coûteux, mais qui rapportent, réplique la CCI. Elle estime opportunément à 198,5 millions d'euros les dépenses des voyageurs en Dordogne. D'après l'étude du Conseil général de Lot-et-Garonne, un euro investi dans un vol low cost « rapporte » 80 euros au site de l'aéroport (services, commerces et emplois).

Une manne économique

Naguère malfamées, ces compagnies sont de plus en plus courtisées : 50 % des liaisons entre la France et la Grande-Bretagne sont organisées par les low cost. Surtout, elles font le plein, contrairement aux avionneurs classiques. Entre février 2008 et février 2009, Air France a perdu 8 % de passagers, Ryanair en a gagné 7 %. Depuis, « toutes les villes veulent leur aéroport », soupire Jean-Pierre Belvès. En 2003, quand il s'est piqué de négocier avec Ryanair, « je recevais des lettres menaçantes, du genre "vous allez droit dans le mur" », raconte-t-il, soutenu alors par Jean-Pierre Conte, patron de la CCI, et le député-maire Daniel Garrigue. Pari gonflé, mais à succès. « À l'époque, c'était Bergerac, Limoges et Biarritz. Il n'y avait pas Angoulême, Poitiers, Brive et Bordeaux. »

Reste que cette course à l'échalote aéroportuaire est un danger pour Bergerac, que la dépendance à Ryanair fragilise, dans un département qui se paye le luxe de maintenir deux aéroports. « La concurrence peut aussi nous faire du bien et nous obliger à renforcer notre position », contre Olivier Gribelin. Méthode Coué ?

(1) Financé par le Conseil général (majoritaire), les Villes de Périgueux et Bergerac, la CAP, les CdC du Bergeracois et la CCI.

Tour d'horizon des concurrents

À Agen comme à Brive, c'est Airlinair qui opère. (ARCHIVES SO)
À Agen comme à Brive, c'est Airlinair qui opère. (ARCHIVES SO)

Agen entre dans la danse

Le syndicat mixte Air-Dordogne rêvait de demander de l'argent au Lot-et-Garonne. Après tout, 22 % des voyageurs de l'aéroport de Bergerac sont du département voisin. Raté : Agen drague aussi les low cost. L'aéroport d'Agen-La Garenne est aussi « une infrastructure majeure pour le développement économique du département », explique-t-on au Conseil général de Lot-et-Garonne. Pour le moment, la piste n'accueille que trois rotations quotidiennes pour Paris, avec la compagnie Airlinair. Il faudrait donc « optimiser » le site. En novembre 2008, le Conseil général a donc lancé une étude de faisabilité d'une ligne low cost. En septembre, les élus ont validé le projet de financer trois vols hebdomadaires vers la Grande-Bretagne, avec la compagnie Flybe.

Bordeaux accueille Ryanair

Bordeaux ne jurait que par les grandes compagnies chères et classieuses ? C'est fini. Ryanair a officialisé il y a dix jours son arrivée sur le nouveau terminal low cost de l'aéroport de Mérignac. Destinations prévues : Bologne (Italie), Porto (Portugal), Edimbourg (Écosse) et Charleroi (Belgique). La compagnie irlandaise pense transporter 200 000 passagers par an. Ce qui tombe bien : l'aéroport de Bordeaux en a perdu 230 000 depuis début 2009. Les Périgordins fréquentent aussi l'aéroport de Mérignac pour aller vers Paris grâce à ses nombreuses navettes.

Brive pour les Sarladais

Le petit aéroport enclavé dans la zone commerciale à l'entrée de Brive sera remplacé en juin 2010 par la nouvelle plate-forme en construction près de Souillac. Ici aussi, c'est la compagnie Airlinair qui assure les liaisons vers Paris et les projets de créer d'autres liaisons ne manquent pas. La piste a été rallongée à 2 200 mètres pour pouvoir accueillir des gros porteurs. Un aéroport attendu avec impatience par les Sarladais.

Pourquoi Périgueux résiste encore

Il y a encore quelques années, alors qu'il était chef de file de l'opposition municipale de Périgueux, Michel Moyrand dénonçait l'acharnement presque thérapeutique du maire Xavier Darcos pour la survie de l'aéroport de Périgueux-Bassillac et de la ligne vers Paris. Devenu maire de Périgueux, il a depuis changé d'avis au nom d'un certain pragmatisme.

C'est ainsi la mairie de Périgueux qui gère l'aéroport et son personnel, et assure une grande partie du déficit de la ligne. « Des entreprises importantes en ont besoin pour rejoindre rapidement Paris. C'est le cas de plusieurs sociétés dont Fromarsac ». Une entreprise qui a déjà évoqué la délocalisation de son siège social et de son laboratoire de recherche vers Bordeaux si cette liaison était arrêtée. Une menace que le même groupe aurait déjà appliquée à Épinal pour un problème similaire.

LE TGV. Mais Michel Moyrand continue de défendre le rail. Son objectif est de pouvoir relier Périgueux à Limoges par une liaison rapide dans la perspective de l'arrivée du TGV en Limousin, via Poitiers. Mais ce sera au prix d'investissements très importants (notamment pour électrifier et doubler la ligne) et pas avant 2020. D'ici là, l'avion reste la seule solution viable.

La ville de Périgueux a aussi un rôle clef dans le maintien de la ligne, que rappelle Michel Moyrand : « C'est nous qui détenons l'autorisation d'OSP (obligation de service public) qui permet de bénéficier des fonds publics. » Une liaison Bergerac-Paris serait impossible sans refaire cette OSP, ce qui peut prendre des années. D'où le saut de puce entre Bergerac et Périgueux, qui sera lancé dans quelques jours pour rallonger la ligne qu'assure Twin Jet vers Paris.

LE SAUT DE PUCE. Du côté du Conseil général, qui est un partenaire financier important pour les aéroports et la ligne aérienne, le président Bernard Cazeau explique qu'il est à l'origine de l'idée du saut de puce. « Si nous voulons maintenir les subventions de l'État, il faut atteindre les 10 000 passagers sur la ligne. Pour l'instant, nous sommes à moins de 7 000. Il faut au moins tester ça jusqu'en juillet prochain ».

Alors que le député du Bergeracois Daniel Garrigue s'est clairement positionné pour que Bergerac devienne le seul aéroport de Dordogne, le président du Conseil général défend pour l'instant le maintien de celui de Périgueux. « Je suis là pour maintenir l'équilibre entre les villes du département. Je ne crois pas que les chefs d'entreprise de Périgueux iraient à Bergerac prendre l'avion. Ils préféreront prendre le TGV à Angoulême, ou aller à Bordeaux. »

H. C.

Auteur : Adrien Vergnolle
a.vergnolle@sudouest.com

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Valérie 16/11/2009 09:06


Bonjour,
ton article est très interessant... j'ai lu un autre article ce week-end sur le blog d'Atrapalo qui pourrait surement t'intéresser. Je te fais passer le lien :
http://blog.atrapalo.fr/volons-d%E2%80%99ouest-en-est-du-nord-au-sud-partout-en-france.html
Bonne lecture et à bientôt.